S’il y a bien un club de football dans le paysage footballistique français dont les moindres péripéties sont scrutées de toute part, c’est bien celui de l’Olympique de Marseille. Si en plus de cela l’une de ces péripéties mêle un grand opérateur de paris sportifs en ligne, industrie qui fait beaucoup parler en ces temps de débats parlementaires sur la législation à venir, on se retrouve avec les ingrédients idéaux afin de concocter un bon plat médiatique capable d’alimenter la chronique jusqu’à l’été prochain. Il faut dire que les principaux acteurs du mic mac auquel nous nous intéressons ici n’ont rien fait pour prévenir les bruits de couloir. Résumons la situation en bref :

  • Le groupe Louis Dreyfus (Louis Dreyfus SAS), dirigé par Jacques Veyrat, envisage d’entrer prochainement dans le capital de Mangas Gaming, société mère de Betclic détenue à parité par Lov Group (holding familiale de Stéphane Courbit, proche de Jacques Veyrat) et la Société des Bains de Mer de Monaco , à hauteur de 25%.
  • La société Financière Lov (dont le président est Stéphane Courbit) a signé en avril 2008 un contrat avec le club de football de l’Olympique de Marseille (dont le directeur administratif est Antoine Veyrat, frère de Jacques) ayant pour objet l’exposition sur le maillot de l’équipe des marques appartenant au groupe, à savoir Direct Energie pour le moment mais aussi et surtout Betclic dès que la loi française l’y autorisera. Ce contrat court jusqu’en 2011.
  • Margarita Louis-Dreyfus, veuve de Robert Louis-Dreyfus, a hérité de son mari le groupe Louis Dreyfus ainsi que le club de l’Olympique de Marseille, dont son défunt mari était propriétaire en nom propre via la holding Eric Soccer, maison-mère de la SASP Olympique de Marseille.

Si tout cela paraît compliqué au premier abord, on se rend tout de même vite compte que plusieurs problèmes d’ordre moral et d’éthique se poseraient si l’entrée de Louis Dreyfus SAS dans le capital de Mangas Gaming venait à se concrétiser. Avant cela, la première question qu’il convient de poser est de savoir si les conditions actuelles, notamment en termes de propriété, lui permettraient de passer à l’acte. En d’autres mots, y aurait-il un conflit d’intérêt à venir ?

Si un grand flou entoure encore le futur projet de loi relatif à l’ouverture à la concurrence et à la régulation du secteur des jeux d’argent et de hasard en ligne, on sait que la commission des finances de l’Assemblée nationale a d’ores et déjà ajouté un paragraphe IV à l’article 23 du projet de loi (article relatif à la prévention des conflits d’intérêts) pour réguler les relations entre les opérateurs de paris et les organisateurs d’épreuves ou de compétitions. Ce paragraphe interdit notamment aux opérateurs de jeux en ligne agréés de détenir le contrôle d’un organisateur ou d’une partie prenante à une compétition ou manifestation sportive sur laquelle il organise des paris. On peut donc anticiper qu’un paragraphe statuant sur les questions de double propriété telle que celle que le triangle groupe Louis Dreyfus-OM-Betclic poserait sera ajouté lors de la prochaine lecture au Sénat fin février.

Dès lors, seule une cession du club pourrait permettre au Groupe Louis Dreyfus de réaliser son entrée au capital de Mangas Gaming, sauf si les arguments des frères Veyrat, à savoir que l’OM appartient à la holding Eric Soccer, une entité complètement séparée du groupe Louis Dreyfus, réussissent à convaincre les autorités.

Notre avis est que le mélange des genres n’est jamais très bon, encore moins lorsqu’il concerne l’OM, club le plus médiatique de France et à la réputation toujours sulfureuse, et Betclic, l’un des plus grands opérateurs de paris sportifs en ligne amené à concurrencer la Française des Jeux sur le marché français dès qu’il en aura le droit légal. Suffisamment de réserves (souvent basées sur de faux prétextes et autres chasses aux sorcières, certes) entourent l’industrie des jeux en ligne pour ne pas alimenter ces débats et donner des munitions à ceux qui voudraient faire croire aux Français non-initiés que la prochaine ouverture à la concurrence entraînera des dérives. Que les frères Veyrat et autres parties prenantes dans ce mic mac se le disent : on ne peut pas toujours avoir le beurre et l’argent du beurre.






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Commentaires
Vos commentaires

2 Réponses à “L’OM devra-t-il être vendu au profit de Betclic ?”

  1. bananapoker le 18 février 2010 12:00

    très bon article, merci.
    en parlant de foot et d’opérateurs de paris sportifs, que pensez-vous de ça :
    il y a quelques jours a été crééé l’AJELI, une association regroupant betclic, bwin et unibet. l’association est présidée par isabelle parize, directeur générale de betclic. et on constate que les noms de domaine qui abriteront le futur site officiel de cette association (ajeli.org et ajeli.com, par exemple) ont été déposés par pascal wilhelm. ce dernier est aussi l’avocat du psg.
    des opinions là-dessus ?

  2. Frédéric le 18 février 2010 12:20

    Salut bananapoker et merci pour tes commentaires.

    La news sur la création de l’AJELI a été postée avant-hier sur ce blog actualités : http://www.parissportifs.com/blog/betclic-unibet-et-bwin-au-sein-de-lajeli-2991.html

    Selon les statuts de l’association publiés au journal officiel, nous savons que le siège de l’AJELI est situé au siège de la société Mangas Gaming, propriétaire du site Betclic. Quant à Maître Pascal Wilhelm, nous n’avons pas d’infos spécifiques sur son rôle et si le fait qu’il soit avocat du PSG ait un lien avec la création de cette association.