FdJ / Playscan : quid des opérateurs privés comme Betclic ou Unibet ?

10 mars 2010 par · Ecrire un Commentaire 



L’annonce de la mise en place du logiciel Playscan par la Française des Jeux nous amène à nous demander ce que les autres bookmakers amenés à opérer sur le marché français sont en train de préparer pour venir en aide à la minorité de joueurs qui développerait un comportement addictif. La FdJ a donc annoncé en grande pompe, sur son site internet et par voie de communiqué de presse, le lancement officiel de l’outil Playscan, un logiciel de suivi des pratiques de jeu en ligne au service des joueurs inscrits sur le site de la FdJ. Cette inscription est gratuite et basée sur le principe du volontariat et le logiciel utilise comme élément principal un système de feux tricolores destiné à renseigner le joueur sur son comportement (vert pour une pratique « récréative », orange pour une pratique jugée « à risque » et rouge pour une pratique tout bonnement « excessive »).

Si l’on peut se féliciter de l’introduction de ce logiciel, on peut cependant se demander si ce n’est pas surtout un « coup marketing » auquel on est en train d’assister. Des opérateurs comme Betclic ou Unibet ont depuis longtemps instauré la possibilité pour leurs utilisateurs de limiter leurs mises et dépôts ou encore de s’auto-exclure. L’étude commissionnée par l’EGBA (European Gaming and Betting Association, basée à Bruxelles) et dont les résultats ont été rendus publics en novembre 2008 ( http://www.eu-ba.org/fr/studies/benchmarkstudy ) tendait d’ailleurs à démontrer que les standards des opérateurs privés européens en terme de protection du consommateur étaient globalement plus rigoureux que ceux des monopoles. De là à dire que des études comme celle-là ont peut-être poussé la FdJ à chercher un moyen tape à l’oeil comme des feux tricolores pour projeter une image plus responsable, il n’y a qu’un pas.

On peut tout de même souligner que la FdJ avait du travail à faire dans ce domaine de la responsabilité vis-à-vis de l’addiction des joueurs, comme nous le soulignions déjà en mars 2009 dans notre dossier sur la législation à venir (http://www.parissportifs.com/blog/dossier-sur-la-legislation-en-france-des-sites-de-paris-en-ligne-3eme-partie-1449.html ). En fait, cette habile présentation de Playscan sur francaisedesjeux.com par Marie-Laure Tallec, chef de projet marketing multimédia à la FdJ n’a-t-elle pas pour véritable but de venir mettre un peu de pression sur les opérateurs privés par rapport à leur communication ?

En effet, si,  les sites comme Unibet ou Betclic offrent déjà aux joueurs, comme nous l’avons écrit précédemment, la possibilité de s’auto-gérer, ils vont devoir se montrer plus proactifs dans leur démarche dans le cadre de leur demande d’agrément pour obtenir une licence en France. En effet, la section 9 du cahier des charges préliminaire de l’Autorité de Régulation des Jeux En Ligne (ARJEL) stipule que ces opérateurs devront concrètement exposer les moyens qu’ils entendent mettre en place pour prévenir et lutter contre les comportements de jeu excessif ou pathologique, conformément aux exigences de l’article 20 de la future Loi (telle qu’elle a été votée par le Sénat le 24 février dernier et sous réserve de son adoption par les députés le 30 mars) qui mentionne, notamment, la mise en relation des bases de données des joueurs avec les fichiers des interdits de jeu tenus par les services du ministère de l’intérieur. L’article 21 de cette même Loi stipule que l’opérateur de jeux ou de paris en ligne titulaire de l’agrément devra « rendre compte dans un rapport annuel, transmis à l’ARJEL, des actions qu’il a menées et des moyens qu’il a consacrés pour promouvoir le jeu responsable et lutter contre le jeu excessif ou pathologique ».

BetClic, Bwin et Unibet, à travers l’association qu’ils ont créée (l’AJELI), avaient clairement placé le jeu responsable au coeur de leurs opérations en rappelant qu’ils « (partageaient) les mêmes valeurs s’agissant du jeu responsable et éthique ». Reste à savoir comment ils le démontreront, en pratique, pour satisfaire l’ARJEL dans les mois à venir et dès que l’ouverture à la concurrence sera effective, mais alors que le timing est plus que serré, la question que nous nous posons est la suivante : a qui cela profite-t-il ?

Interview de Philippe Batel, addictologue

26 octobre 2009 par · Ecrire un Commentaire 



Le Dr Philippe Batel, psychiatre, addictologue et chef du service d’addictologie de l’hôpital Beaujon à Clichy en région parisienne a accepté de répondre à nos questions. Au moment où le sujet provoque de vifs débats, nous avons donc demandé à un spécialiste de nous en apprendre un peu plus.

A quel moment peut-on se considérer comme addict aux jeux ?

On peut considérer que sa pratique du jeu devient pathologique, lorsqu’on rencontre au moins 5 des situations suivantes :

  • Préoccupation par le jeu (par exemple, préoccupation par la remémoration d’expériences de jeu passées ou par la prévision de tentatives prochaines, ou par les moyens de se procurer de l’argent pour jouer)

  • Besoin de jouer avec des sommes d’argent croissantes pour atteindre l’état d’excitation désiré

  • Efforts répétés mais infructueux pour contrôler, réduire ou arrêter la pratique du jeu

  • Agitation ou irritabilité lors des tentatives de réduction ou d’arrêt de la pratique du jeu

  • Jouer pour échapper aux difficultés ou pour soulager une humeur dysphorique (par exemple, des sentiments d’impuissance, de culpabilité, d’anxiété, de dépression)

  • Après avoir perdu de l’argent au jeu, retourne souvent jouer un autre jour pour recouvrer ses pertes (pour  »se refaire »)

  • Ment à sa famille, à son thérapeute ou à d’autres pour dissimuler l’ampleur réelle de ses habitudes de jeu

  • Commet des actes illégaux, tels que falsifications, fraudes, vols ou détournement d’argent pour financer la pratique du jeu

  • Met en danger ou perd une relation affective importante, un emploi ou des possibilités d’étude ou de carrière à cause du jeu

  • Compte sur les autres pour obtenir de l’argent et se sortir de situations financières désespérées dues au jeu

Existe-t-il un chiffre officiel sur le nombre de joueurs addict en France ?

Il n’existe pas d’étude Française officielle. Aux Etats-Unis ou des enquêtes scientifiques ont été menées, on estime que de 0,1 à 0,3 % de la population sont atteintes. Cela peut apparaître peu, mais une projection sur la population française avance le chiffre d’au moins 600.000 joueurs touchés en France.

Peut-on parler de « prédispositions » à l’addiction chez certains joueurs ?

Les hommes sont beaucoup plus exposés que les femmes. L’âge de la quarantaine, certains traits de personnalité ou des situations sociales comme l’endettement les exposent au risque de devenir dépendant au jeu.

Comment traite-t-on les joueurs compulsifs à l’heure actuelle ?

On utilise plusieurs types de stratégies de soins comme des psychothérapies, notamment comportementales, et des médicaments sont même à l’essai. Il s’agit avant tout d’accompagner le joueur et sa famille.

Tous les jeux sont-ils aussi dangereux ?

Non, les jeux les plus dangereux sont bien évidement les jeux d’argent avec gain rapide et élevé ainsi que ceux avec un laps de temps court entre la mise et le résultat. L’existence d’un pseudo-gain, comme le fait que le joueur semble s’approcher du gain en obtenant par exemple deux symboles sur trois d’un jackpot, est aussi un facteur de dangerosité. Les paris sportifs en ligne n’ont aucun de ces facteurs. Ils présentent en revanche un risque plus important que leur jeux de bistrot : leur accessibilité 24/24.

L’addiction au tabac, à l’alcool ou aux drogues paraissent justement des problèmes plus centraux que les jeux…

Ces addictions aux toxiques sont certes plus mortelles mais ne négligeons pas les situations sociales désastreuses qui peuvent accompagner le parcours des joueurs excessifs. Le risque de suicide est très accru.

On a beaucoup parlé dans les médias d’un risque d’addiction accru liés à l’ouverture du marché des jeux en ligne. Pensez vous que le nombre de personnes addictes va forcément augmenter avec l’arrivée des jeux en ligne ?

Dans le domaine des jeux et paris, plus il y a d’offres, plus il y a de risque de développer des dépendances à ce comportement. On peut imaginer que des joueurs pathologiques au casino vont pouvoir diversifier leurs conduites sur les paris en ligne.
Les parieurs sportifs exclusifs, qui se mettent des limites simples en terme de somme maximale de mise par semaine et temps de connexion, limiteront le risque de développer un jeu pathologique.

Nous tenons à remercier le Docteur Philippe Batel de nous avoir accordé cette entrevue très instructive.