Bordeaux – Lyon : Lutte fratricide en quarts de Ligue des Champions

22 mars 2010 par · Ecrire un Commentaire 



Certains le redoutaient, d’autres l’espéraient. Quel qu’ait été notre sentiment avant le tirage des quarts de finale de la Ligue des Champions vendredi dernier à midi, il était écrit que cela arriverait : Lyon et Bordeaux se rencontreraient. De suspense il n’y eût même point, puisque les deux boules contenant les noms des clubs français furent tirées dès l’entame du tirage, comme pour signifier encore mieux que ce n’était pas un tirage par défaut mais bien que cela devait en être ainsi. Les médias de l’hexagone se frottent les mains car quoiqu’il advienne, ils savent déjà qu’ils ont toutes les matières premières pour raconter plusieurs histoires passionnantes.

Tout cela est déjà sur le feu et il y aura d’autres journaux à vendre plus tard sur le dos du rescapé qui ira défier le Manchester United de Wayne Rooney ou le Bayern Munich de Frank Ribéry. En effet, il y aura forcément une symbolique à analyser quel que soit le qualifié : un passage de témoin entre le club qui semblait jusqu’à présent être le seul en France à pouvoir aller défier les grands clubs européens et la nouvelle force de la Ligue 1 en cas de qualification bordelaise, ou bien le clin d’œil du destin qui verrait Lyon enfin franchir ce seuil, ou plutôt ce mur jusqu’ici infranchissable des quarts alors même que le niveau de l’équipe n’approche pas, selon les spécialistes, celui de ses devancières.

Au-delà de ces considérations, il convient de s’attarder sur l’aspect psychologique d’une telle confrontation, inédite à ce niveau et en Ligue des Champions (l’OM et Monaco s’étaient bien affrontés, mais en huitièmes de finale de la coupe de l’UEFA 1998/99). Ce qui ressort des déclarations des joueurs des deux équipes (les dirigeants et entraîneurs sont trop rodés et manient trop bien la langue de bois pour que l’on s’attarde sur leurs propos, qui ne visent qu’à rejeter le rôle de favori et la pression sur leur adversaire) l’illustre très bien : une telle confrontation n’aura pas le parfum de la Ligue des Champions comme l’aurait eu un voyage à Giuseppe Meazza ou à l’Emirates par exemple et si tous conviennent que tirer Lyon/Bordeaux valait mieux que le Barça ou Manchester United, il n’y aura aucune gloire à se faire sortir par un « vulgaire » co-pensionnaire de Ligue 1.

Le président Aulas, qui aurait du mal à encaisser un autre échec à ce stade des quarts, sera sans doute nerveux de voir le nouveau venu bordelais réussir lors de sa deuxième campagne là où son OL est resté bloqué en 2004, 2005 et 2006 avant de trébucher en huitièmes lors des trois saisons suivantes. Si cette anxiété est contagieuse et s’étend à ses joueurs, il y a fort à parier que les jambes lyonnaises trembleront lors du match aller à Gerland, où les Girondins étaient venus donner une leçon de maîtrise en décembre dernier. D’un autre côté, Lyon possède une culture et une gestion de la Ligue des Champions que Bordeaux ne possède pas encore (la qualification pleine d’intelligence tactique face au Real en est le parfait exemple, pendant que Bordeaux jouait à se faire peur devant les modestes Grecs de l’Olympiakos) et le renouvellement récent de l’effectif de l’OL, au sein duquel seuls quelques rescapés de ces échecs successifs subsistent (Cris, Réveillère, Govou), devrait limiter le risque de crispation et de complexes à l’heure d’aborder ces nouveaux quarts de finale. Ce léger avantage est d’ailleurs reflété dans les cotes offertes par les sites de paris sportifs et cela malgré le fait que Bordeaux reçoive au retour. En effet, la cote proposée par Unibet après le tirage au sort est de 1,85 pour une qualification lyonnaise, contre 1,95 pour les bordelais.

Bien que cette affiche franco-française ne passionne sans doute que peu d’observateurs en dehors de nos frontières, il n’en restera pas moins que ces deux matchs décideront du club qui aura le droit de représenter le football français et de porter ses espoirs en demi-finale pour, comme les dirigeants Bordelais et Lyonnais l’espèrent tous sans doute secrètement, tenter de prendre enfin le relais de l’OM de Tapie dans le cœur des Français.

En attendant, peu de bookmakers croient à une telle consécration puisque les cotes pour une victoire finale des Lyonnais ou des Bordelais en Ligue des Champions sont, respectivement, de 15 et 20 sur Unibet. Seule la cote du CSKA Moscou est plus élevée.